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jeudi 25 octobre 2007

Pourquoi je ne poste pas la lettre au père ...

Pourquoi?, je ne l'ai jamais su mais dès que je l'ai su je ne me suis plus posé la question.

Dire que je le sais ne veut pas dire que je sois capable de savoir ce que je sais.

Je dois dire que mon père, travailleur infatigable au style simple et clair, trouvait que j'étais un coupeur de cheveux en quatre. Il avait toujours une plume de coq de bruyère à son chapeau de chasseur. Son fusil était avare de ses coups mais à chaque coup, il tuait. C'était un excellent chasseur, économe, honnête et droit comme un i (peut-être est-ce là l'origine de mes difficultés avec la virgule et de mon goût prononcé pour les italiques, les parenthèses, les crochets et les autres choses de la typographie tordue du coeur).

Il me fit cadeau de son fusil (un calibre 12). Ce fut une catastrophe, j'ai eu la honte de ma vie: impossible de le tenir en bandoulière (plus tard, j'ai ressenti la même honte avec l'appareil photographique).

Assez rapidement, j'ai su que le fusil était un problème considérable pour l'acheminement du courrier - d'autant plus que ce fusil avait été aussi celui de mon grand-père (un coq peu causant à la force physique redoutable, capable d'assommer un cheval de son coup de poing ou bien d'étrangler un fils d'un coup ou bien de forcer, sans coup férir, l'une de ses belle-filles).

Le diagnostic de mon oncle par alliance, Raphaël, fut brutal: j'avais reçu un coup de fusil en pleine poitrine et il n'était pas étonnant que j'aie du mal à écrire une lettre, plus encore de la poster. Il me prescrivit donc une opération des yeux.

Les progrès des sciences et des techniques sont d'une rare efficacité: l'opération au laser fut une totale réussite. Ma reconnaissance envers mon oncle est infinie car j'ai vu, soudainement, ce que je n'avais pu voir: j'étais la lettre que je pouvais enfin lire.

Inscription au grand registre de la dette: F.K.; A. D-W.; ...

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American ballet

vendredi 21 septembre 2007

J'arrive chez moi où je suis étranger ...

Être "chez soi" est une complétude problématique dans la mesure où le "chez soi" relève du connu. Le véritable voyage "vers soi" me fait arriver comme étranger "chez moi".

Ce qui m'attend est, à proprement parler, une étrangère, le corps de ma jouissance, celle qui tisse et détisse, incessamment, la matière de mon histoire.

La première boucle du voyage ne se referme pas en un cercle, elle ouvre la seconde boucle puis la suivante. Ces boucles spiralées inscrivent, en leur centre, ce qui, fatalement, m'échappe: le désir.

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Nicolas de Staël